J’ai hésité à pondre cet article à l’annonce de la fermeture du Village. Je n’étais pas sûre qu’il soit pertinent d’expliciter ce petit pincement au coeur autrement que par un tweet discret, en évitant de réveiller mon côté mélodramatique. Puis il y a eu la délicate (comme toujours) réaction d’Astiera, un hommage sur Allociné, et je me suis rendue compte que j’avais vraiment envie d’en toucher deux mots, moi aussi, deux mots personnels, qui justifieront peut-être en partie mon comportement ridiculement adorateur envers ces gens. Parce qu’il ne faut jamais perdre une occasion de faire sa drama queen.
Ce que je dois au Village tient en deux paragraphes.
J’ai le souvenir de podcasts écoutés sous ma tente, pour m’endormir, entre deux soirs de festivals dans un coin perdu (le sud de la France, celui qui ne connaît même pas les transports en commun) (m’en fous, j’ai vu Patti Smith et Deep Purple), et allongée là, je prenais mentalement note de tous ces noms de séries inconnues que l’excitation dans leurs trois voix me poussait à découvrir. The Thick of It, c’est eux (merci merci merci). Misfits, c’est eux aussi (vu la saison 3, je suis moins sûre de devoir les remercier, par contre). Hero Corp, aussi, surtout.
Plus important encore, au détour de leur débrief de la Comic Con cette même année, un certain John Plissken, de passage, avait vaguement mentionné le nom de son podcast, et j’avais griffonné SCUDS au dos d’un flyer. J’avais beaucoup trop de temps libre à l’époque, et besoin de l’occuper par tous les moyens possibles, c’était l’opportunité idéale. J’ai attaqué SCUDS dans un train, en ricanant comme une gueuse ; puis mis un orteil chez NoWatch et les amateurs de podcasts, réveillé mon compte Twitter, timidement commencé à parler aux gens. Un paquet de rencontres et un petit ami plus tard, je crois pouvoir conclure que cet orteil s’est avéré un tournant majeur. (Il sera d’ailleurs fêté comme il se doit dans une poignée d’heures au Delaville, avec une cinquantaine de nerds et autant de pichets de mojito.)
Mais je ne vous dois pas que ces folles rencontres, chers rédacteurs du Village. Vous avez été, depuis bientôt trois ans que je vous lis et vous écoute, une vraie inspiration, et je n’exagère pas. Découvrir que des gens brillants, drôles et cultivés (enfin, je crois) pouvaient passer deux heures à débattre passionnément de l’écriture d’un personnage, de la fin d’une saison, ou de l’importance d’une série pour enfants mettant en scène un alien de 900 ans a été un soulagement sans nom, pour moi qui passais mes journées de fac entourée de cinéphiles qui n’avaient pas-le-temps-pour-ce-genre-de-conneries. Vous avez changé ma façon de voir et de consommer les séries, et c’est notamment grâce à vous qu’au tour de table présentant nos sujets de mémoire de licence, j’avais expliqué à une assemblée assez sceptique vouloir travailler sur la place qu’occupe Doctor Who dans le paysage télévisuel britannique. En licence de cinéma, au milieu des analyses de Rossellini, Eisenstein et la Nouvelle Vague, il m’a fallu défendre cette position, affronter la difficulté à trouver un directeur de mémoire, et son incapacité à comprendre dans quelle direction j’avançais. Et c’est donc un peu grâce à vous que je me suis retrouvée avec, dixit ce même enseignant, “la note maximale autorisée pour un devoir de recherche universitaire”. Ce qui a peu d’importance, finalement, mais j’y ai vu la preuve que oui, la télévison est un objet d’étude qui a droit au respect et à la reconnaissance, et qu’entre Joséphine ange gardien et Twin Peaks, il y a un monde trop longtemps ignoré. Et à mon niveau, c’est déjà une petite victoire.
Alors merci pour cinq ans de podcasts enthousiastes, d’éditos engagés et de PINAAAAGES. Je vous souhaite le meilleur pour ce qui attend chacun d’entre vous, et tout ça avec des trémolos dans la voix, parce que je suis une drama queen.










